« Je ne me reconnais plus. »
C’est une phrase que j’entends souvent chez les femmes que j’accompagne entre 40 et 50 ans. Elles ont toujours beaucoup géré : le travail, la famille, la charge mentale, les imprévus, les émotions, parfois celles des autres aussi.
Certaines savent depuis longtemps qu’elles sont hypersensibles. D’autres découvrent à cette période un TDAH, un fonctionnement neuroatypique ou comprennent enfin pourquoi certaines situations leur ont toujours demandé autant d’énergie.
Puis quelque chose change.
- Elles dorment moins bien.
- Elles récupèrent moins vite.
- Le bruit, les tensions ou les imprévus deviennent plus difficiles à supporter.
- Les émotions peuvent monter plus vite.
- La concentration demande davantage d’effort.
- L’anxiété peut apparaître ou prendre plus de place.
Et elles me disent : « Avant, j’arrivais à tout gérer. Pourquoi je n’y arrive plus comme avant ? »
C’est justement ce que je trouve important de comprendre : la périménopause ne concerne pas uniquement les règles ou les bouffées de chaleur. Le cerveau aussi traverse cette transition.
Et lorsque ton fonctionnement est hypersensible ou neuroatypique, ces changements peuvent être particulièrement perceptibles.
La périménopause ne concerne pas seulement les règles
Pendant la périménopause, les hormones ne diminuent pas tranquillement et régulièrement : elles fluctuent. L’ovulation peut devenir moins régulière, ce qui modifie notamment la production de progestérone.
Les œstrogènes peuvent eux aussi connaître des variations importantes avant de diminuer plus durablement avec l’arrivée de la ménopause. Et ces hormones n’agissent pas uniquement sur l’utérus ou les ovaires. Elles agissent aussi sur le cerveau, les os, le système cardiovasculaire, le métabolisme et de nombreux autres tissus.
C’est pour cela que cette période peut se manifester très différemment d’une femme à l’autre. Certaines auront surtout des bouffées de chaleur. D’autres parleront davantage de troubles du sommeil, d’anxiété, d’irritabilité, de fatigue, de brouillard mental, de douleurs articulaires ou de difficultés à se concentrer.
Ton cerveau change lui aussi
C’est probablement l’un des points les plus importants à comprendre. La périménopause modifie l’environnement hormonal et neurochimique dans lequel ton cerveau fonctionne.
Les œstrogènes interagissent notamment avec plusieurs systèmes cérébraux impliquant la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline. Ces systèmes participent entre autres à l’attention, à la motivation, à l’humeur et à la réponse au stress.
La progestérone intervient elle aussi dans le fonctionnement cérébral. Certains de ses métabolites, comme l’alloprégnanolone, interagissent notamment avec les systèmes GABAergiques, qui participent entre autres à l’apaisement et au sommeil.
Cela ne veut pas dire qu’une hormone explique à elle seule ton anxiété, tes émotions ou ton sommeil. Le fonctionnement du cerveau est beaucoup plus complexe. Mais cela permet de comprendre pourquoi certaines femmes constatent à cette période :
- une plus grande irritabilité ;
- une anxiété plus présente ;
- un sommeil plus fragile ;
- davantage de brouillard mental ;
- une concentration plus difficile ;
- une récupération plus lente ;
- une plus grande sensibilité aux sollicitations ;
- plus de difficulté à revenir au calme après un stress.
Autrement dit, tu n’as pas forcément moins de capacités qu’avant. Le contexte dans lequel ton cerveau fonctionne a changé, et ton organisme doit s’adapter.
Périménopause et hypersensibilité: pourquoi cela peut se ressentir davantage
L’hypersensibilité, lorsqu’on parle de Sensory Processing Sensitivity, est un trait de sensibilité. Elle peut notamment se manifester par un traitement approfondi des informations, une grande sensibilité aux subtilités de l’environnement, une forte réactivité émotionnelle et une plus grande tendance à la surstimulation.
Ce trait peut exister seul, mais il peut aussi coexister avec d’autres neuroatypies. Ce que j’observe chez beaucoup de femmes que j’accompagne, c’est qu’elles ont appris depuis longtemps à énormément s’adapter : à anticiper, à prévoir, à faire davantage d’efforts pour rester organisées, à tenir malgré la fatigue, à masquer certaines difficultés, à gérer beaucoup de choses en même temps et à continuer même lorsqu’elles étaient déjà très sollicitées.
Pendant des années, cela peut fonctionner. Puis arrivent les fluctuations hormonales, un sommeil parfois moins réparateur, une récupération plus lente et une tolérance au stress qui peut diminuer. Et ce qui était jusque-là relativement bien compensé devient soudain beaucoup plus coûteux.
C’est souvent là que j’entends : « Je ne comprends pas, avant j’y arrivais. »
Ton fonctionnement de fond n’est pas forcément nouveau. Ce qui a changé, c’est parfois la quantité de ressources disponibles pour continuer à fonctionner de la même façon.
Chez les femmes TDAH, certaines difficultés peuvent devenir plus visibles
C’est un sujet de plus en plus étudié. Les œstrogènes modulent notamment les systèmes dopaminergiques impliqués dans l’attention, la motivation et certaines fonctions exécutives.
Chez certaines femmes TDAH, la périménopause peut rendre plus visibles des difficultés déjà présentes :
- une attention plus fluctuante ;
- une organisation plus compliquée ;
- une fatigue cognitive plus importante ;
- davantage de brouillard mental ;
- une régulation émotionnelle plus difficile ;
- l’impression que les anciennes stratégies fonctionnent moins bien.
Le TDAH ne commence pas à 45 ans. En revanche, une femme qui a compensé pendant des années peut avoir davantage de mal à maintenir le même niveau de compensation lorsque son sommeil, son niveau de stress et son environnement hormonal changent.
Cela peut aussi contribuer au fait que certaines femmes découvrent leur TDAH tardivement.
Ton équilibre émotionnel dépend aussi de ton état physiologique
C’est un point que j’aborde beaucoup dans mes accompagnements. Nous avons parfois tendance à penser que bien gérer ses émotions consiste simplement à apprendre à « penser autrement » ou à mieux les contrôler. Pour moi, c’est beaucoup plus large. Imagine la même remarque désagréable dans deux situations différentes :
- Après une bonne nuit, une semaine relativement calme et suffisamment de récupération, elle peut simplement t’agacer.
- Après plusieurs nuits difficiles, beaucoup de travail, une charge mentale importante, du bruit, des imprévus et peu de temps pour toi, cette même remarque peut te faire pleurer ou tourner dans ta tête pendant des heures. Quand le stress et la fatigue s’accumulent, les pensées peuvent aussi devenir plus difficiles à interrompre. J’explique plus en détail ce mécanisme dans mon article sur les ruminations chez les personnes hypersensibles.
Ton état physiologique influence ta capacité à traverser une émotion. Ton sommeil, ton niveau de stress et d’énergie, ton environnement, ton alimentation, tes hormones et ta capacité de récupération jouent tous un rôle dans la façon dont tu réagis à ce que tu vis.
Et pendant la périménopause, plusieurs de ces facteurs peuvent évoluer en même temps. C’est souvent cette accumulation qui donne l’impression de « réagir beaucoup trop », alors que ton système est peut-être simplement déjà très sollicité.
Et l’inflammation dans tout cela ?
Quand une femme est très sensible aux stimulations, au bruit, aux émotions ou à la charge mentale, son organisme peut être très sollicité. Si les temps de récupération ne suffisent plus, le stress peut s’installer dans la durée.
Ses effets ne sont alors plus seulement émotionnels : le sommeil peut se fragiliser, la récupération diminuer, le système nerveux autonome rester davantage mobilisé, le métabolisme être perturbé et certaines voies inflammatoires être davantage activées.
Pendant la périménopause, les fluctuations hormonales peuvent ajouter une difficulté supplémentaire à cet équilibre. C’est pour cela que je ne travaille jamais uniquement sur « le stress » : je regarde aussi le sommeil, l’alimentation, le mouvement, la charge sensorielle, le rythme de vie et les temps de récupération.
L’objectif est de réduire ce qui entretient la surcharge et de créer de meilleures conditions pour que le corps retrouve son équilibre.
La bonne nouvelle : il y a beaucoup de choses sur lesquelles tu peux agir
Tu ne peux pas empêcher ton corps de traverser la périménopause, mais tu peux agir sur de nombreux facteurs qui influencent la manière dont tu la vis. C’est là que l’approche globale prend tout son sens : l’alimentation, le mouvement, le sommeil, l’environnement, le système nerveux, les émotions et le rythme de vie.
Tous ces piliers peuvent t’aider à mieux récupérer, à diminuer la surcharge et à traverser plus sereinement les périodes de stress.
1. Soutenir ton énergie avec l’alimentation
Je commence souvent par des choses simples :
- manger suffisamment ;
- avoir des protéines dans les repas ;
- apporter des légumes, des fibres et de bons gras ;
- choisir des glucides adaptés à tes besoins et à ton niveau d’activité ;
- boire suffisamment ;
- éviter de passer toute la journée en sous-régime pour arriver affamée le soir ;
- observer aussi comment tu réagis au café, à l’alcool ou aux repas très sucrés.
À cette période, la santé métabolique devient particulièrement importante. L’objectif est de donner à ton corps suffisamment de ressources pour fonctionner et récupérer.
2. Remettre du mouvement
Le mouvement est un véritable pilier à cette période. Je parle autant de marcher régulièrement que de faire du renforcement musculaire ou une activité cardiovasculaire adaptée.
Le muscle devient particulièrement important avec l’âge : il participe à la santé métabolique, à la sensibilité à l’insuline, à la mobilité et au maintien de la force.
Bouger régulièrement aide aussi à soutenir le sommeil, l’humeur et la gestion du stress. L’objectif est de construire progressivement un corps plus fort, sans ajouter de fatigue inutile.
3. Protéger ton sommeil
Le sommeil est souvent l’un des premiers éléments que je regarde, parce qu’une mauvaise nuit peut modifier toute la journée suivante : tu tolères moins bien le bruit, tu réagis davantage, tu as plus de difficulté à te concentrer, les émotions débordent plus facilement et tu peux avoir davantage envie de sucre ou de stimulants pour tenir.
Puis le stress accumulé pendant la journée peut à son tour compliquer la nuit suivante.
Créer un rythme aussi régulier que possible, chercher la lumière naturelle le matin, diminuer progressivement les stimulations le soir et prévoir de vrais temps de transition peut aider.
Et si ton sommeil se dégrade fortement ou durablement, cela mérite aussi une évaluation médicale.
4. Aménager ton environnement
Pour une femme hypersensible ou neuroatypique, l’environnement compte énormément. Il peut soit apaiser le système nerveux, soit l’exposer à trop de stimulations tout au long de la journée.
Cela peut être le bruit, les notifications, les écrans, les interruptions, une lumière agressive, un rythme sans pause, trop de sollicitations sociales, une maison où tu ne peux jamais vraiment te retirer ou encore un travail qui demande une adaptation permanente.
L’idée n’est pas de supprimer toutes les stimulations, mais de repérer celles qui te coûtent réellement de l’énergie et de voir lesquelles peuvent être réduites ou aménagées.
Parfois, prendre soin de son système nerveux consiste aussi à arrêter de lui demander de tout supporter.
5. Travailler la flexibilité du système nerveux
Réguler son système nerveux, ce n’est pas chercher à être calme tout le temps. C’est surtout retrouver plus de souplesse : pouvoir faire face au stress ou à une émotion forte, puis revenir plus facilement à un état de calme.
C’est ce que j’appelle apprendre à surfer les vagues émotionnelles.
La respiration, l’EFT, le mouvement, la relaxation, la co-régulation, les mouvements somatiques ou la méditation peuvent aider, selon ce qui te convient le mieux.
6. Accepter aussi de fonctionner autrement
C’est parfois la partie la plus difficile, parce que beaucoup de femmes arrivent à cette période avec cette phrase : « J’ai toujours réussi à tout faire. »
Oui, mais à quel coût ?
La périménopause peut aussi devenir un moment où ton corps te demande de revoir certaines choses : moins t’adapter, mieux reconnaître tes limites, demander de l’aide, préserver davantage de temps pour récupérer, dire non plus tôt, revoir certaines exigences envers toi-même et être plus attentive à tes besoins.
Il s’agit parfois de construire un fonctionnement qui te coûte moins.
Et les compléments alimentaires ?
Je ne crois pas à une liste universelle de compléments « spécial périménopause ». Les besoins varient selon l’alimentation, le terrain, les symptômes, les traitements et parfois les résultats biologiques mais certains nutriments méritent particulièrement d’être regardés.
Les oméga-3 EPA et DHA
Ils participent notamment au fonctionnement cérébral, équilibre émotionnel et à la santé cardiovasculaire. Je les considère comme un soutien du terrain, pas comme un traitement spécifique de la périménopause.
On retrouve les oméga-3 EPA et DHA principalement dans les poissons gras comme les sardines, maquereaux, harengs et saumons ; les noix, graines de chia et de lin apportent surtout de l’ALA, que l’organisme convertit seulement en petite partie en EPA et DHA.
Le magnésium
Le magnésium soutient le fonctionnement du système nerveux, les muscles et la production d’énergie. Chez les femmes très sensibles au stress ou neuroatypiques, je le regarde particulièrement lorsqu’il y a fatigue, tensions, irritabilité ou sommeil fragile.
À la périménopause, les changements hormonaux peuvent perturber le sommeil et influencer la réponse au stress. Veiller à des apports nutritionnels adaptés est donc particulièrement important. On en trouve notamment dans les oléagineux, les graines, les légumes verts, les légumineuses, le cacao non sucré et certaines eaux riches en magnésium.
La vitamine D
Elle joue notamment un rôle important pour la santé osseuse et mérite une attention particulière avec l’âge. Une supplémentation peut être intéressante lorsque les apports ou le statut sont insuffisants.
Selon la situation, je peux également regarder le fer, la vitamine B12, les folates ou d’autres micronutriments. Encore une fois, les compléments viennent en soutien des piliers de base. Ils ne remplacent ni l’alimentation, ni le sommeil, ni le mouvement, ni la récupération.
Les références d’oméga-3 et de magnésium que j’utilise
Je varie les marques selon les besoins, mais je regarde toujours la qualité des matières premières, les dosages, la biodisponibilité, l’index totox pour les oméga 3 et la transparence sur la composition,
Pour les oméga-3, j’utilise notamment les Oméga-3 de poissons MSC d’UNAE, riches en EPA et DHA.
Pour le magnésium, je peux choisir un magnésium seul ou une formule associée à des cofacteurs, selon les besoins, la tolérance digestive et le contexte. Si je veux une version complète avec des cofacteurs j’utilise Omnimag de UNAE
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Comme toujours, une supplémentation doit être adaptée à ta situation personnelle, notamment en cas de traitement, de pathologie ou d’intervention chirurgicale prévue.
Et le traitement hormonal ?
Pour certaines femmes, le traitement hormonal de la ménopause peut aussi faire partie des options à discuter. Cela dépend des symptômes, de l’âge, des antécédents médicaux, des facteurs de risque et des éventuelles contre-indications.
Cette décision appartient au cadre médical. Mon approche est complémentaire : travailler sur ton terrain, ton alimentation, ton sommeil, ton stress, ton système nerveux, tes émotions et ton environnement.
Cette période peut aussi devenir une occasion de mieux te comprendre
Je tiens à terminer sur quelque chose de positif parce que la périménopause ne doit pas être racontée uniquement comme une période où tout se dérègle. Elle peut aussi être une période où beaucoup de choses deviennent enfin plus claires.
- Pourquoi certaines situations t’ont toujours demandé autant d’énergie.
- Pourquoi le bruit t’épuise.
- Pourquoi tu as besoin de moments seule.
- Pourquoi tu as toujours eu besoin de beaucoup anticiper.
- Pourquoi certaines interactions te laissent vidée.
- Pourquoi tu t’es autant adaptée pendant des années.
Certaines femmes découvrent à cette période leur neuroatypie, d’autres comprennent mieux leur hypersensibilité, d’autres réalisent simplement qu’elles ne veulent plus vivre exactement comme avant et je trouve qu’il y a aussi quelque chose de très important là-dedans.
L’objectif n’est pas forcément de redevenir celle que tu étais à 30 ans. Il peut être de comprendre comment soutenir celle que tu es aujourd’hui, avec un corps, un cerveau et des besoins qui évoluent. Et sur cela, tu as beaucoup plus de leviers que tu ne le penses.
Et maintenant, comment retrouver plus de sérénité ?
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